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Commentary

Décoloniser le Sahara occidental

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BIR LAHLOU, SAHARA OCCIDENTAL – Au moment de son annexion par le Maroc en 1975, le Sahara occidental était sous le contrôle de l’Espagne depuis près d’un siècle. Mais alors que son emprise faiblissait dans les derniers jours de la dictature de Franco, et au lieu de permettre un processus de décolonisation, l’Espagne a signé un accord tripartite, les Accords de Madrid, avec le Maroc et la Mauritanie qui se sont empressés d’annexer le territoire. En 1979, la Mauritanie a renoncé à toute prétention sur le Sahara Occidental, contrairement au Maroc.


Le statut juridique du Sahara occidental est sans équivoque. En 1963, il a été reconnu comme un Territoire non autonome par l’Assemblée générale des Nations unies conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations unies – un statut qu’il conserve aujourd’hui. Le Sahara occidental est, en bref, la dernière colonie en Afrique. En 1975, la Cour internationale de justice (CIJ) a affirmé le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et n’a retenu aucun lien de souveraineté territoriale entre le Maroc et le Sahara occidental.

Le Maroc continue pourtant d’occuper en toute impunité le Sahara occidental depuis plus de 40 ans. Et comme souvent dans le cas d’une occupation militaire étrangère, le Maroc a fait valoir ses revendications territoriales au moyen d’une répression cruelle, du déni systématique des droits humains fondamentaux et de tentatives de modification de l’équilibre démographique – tout en pillant les ressources naturelles du Sahara occidental.

Le Front Polisario et le Maroc se sont livrés une guerre jusqu’en 1991, lorsqu’un accord de cessez-le-feu a été conclu sous les auspices des Nations unies. L’accord prévoyait la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Sahara occidental l’année suivante, c’est-à-dire une solution démocratique, mais le royaume chérifien a tout fait pour empêcher que ce référendum ait lieu.

Le Maroc s’est évertué à bloquer tous les progrès possibles en vue de nouvelles négociations, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, allant même jusqu’à interdire à l’envoyé spécial des Nations unies de se rendre dans la région pour jeter les base de nouvelles discussions. Dans le même temps, les actions du Maroc sur le terrain – dont la répression de la population sahraouie et l’exploitation illégale des ressources naturelles du territoire – ont rendu de plus en plus malaisée la recherche d’une solution politique.

Au cours des 42 ans d’occupation du Sahara occidental par le Maroc, nous, le peuple sahraoui, avons connu huit présidents américains, six secrétaires généraux des Nations unies, et vu passer une cohorte de représentants spéciaux et d’envoyés personnels du secrétaire général des Nations unies. Pendant toutes ces années, nous avons continué à croire en la communauté internationale et au processus politique lancé en 1991 sous les auspices des Nations unies. Il est temps que cette confiance soit récompensée.

Dans sa dernière résolution sur le Sahara occidental adoptée cette année, le Conseil de sécurité, reconnaissant que le statu quo n’était pas acceptable, a unanimement appelé à la reprise du processus politique en vue d’une solution qui permette la décolonisation du Sahara occidental, la protection des droits humains, l’autodétermination du peuple sahraoui et qui jette les bases de la stabilité à long terme de ce territoire.

Le secrétariat des Nations unies, le cabinet du secrétaire général et le nouvel envoyé spécial pour le Sahara occidental, l’ancien président allemand Horst Köhler, doivent travailler rapidement à établir un mécanisme qui permette des pourparlers directs et dans un délai déterminé. Le rapport de progrès qu’ils présenteront au Conseil de sécurité dans six mois doit spécifier ce mécanisme, ainsi qu’un calendrier de négociations. Il ne doit pas être un simple exposé des efforts exploratoires.

Dans l’intervalle, le Front Polisario continuera à œuvrer pour garantir les droits du peuple sahraoui. Alors que d’autres pays se plient souvent aux exigences marocaines, par crainte de nuire à des accords commerciaux ou à la coopération sur des questions de sécurité et d’immigration, le droit s’est révélé être un allié fiable du Sahara occidental, notamment pour lutter contre l’exploitation persistante et illégale des ressources naturelles de son territoire. C’est la raison pour laquelle nous avons souvent fait appel aux tribunaux lorsque le processus politique a échoué.

En décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a rejoint la CIJ en statuant sans ambiguïté que l’Union européenne et ses États membres « n’ont jamais reconnu que le Sahara occidental fait partie du Maroc ou relève de sa souveraineté » – un jugement qui pourrait être source de tensions entre le Maroc et l’Union européenne. Le verdict indique clairement tout accord ayant trait aux ressources naturelles du Sahara occidental doit être validé par le peuple sahraoui, représenté par le Front Polisario, comme l’avait statué la résolution 34/7 de l’Assemblée générale de l’ONU en 1979.

L’Union européenne n’est pas la seule à aller dans ce sens. En mai dernier, les autorités du Panama ont procédé à l’immobilisation d’un navire à destination du Canada et dont le chargement de phosphates avait été illégalement miné au Sahara occidental par une entreprise d’État marocaine. De même, les autorités sud-africaines ont arraisonné un navire qui transportait une cargaison de 54.000 tonnes de minerai de phosphate du Sahara occidental à destination de la Nouvelle-Zélande. La cour sud-africaine saisie du dossier a maintenu l’immobilisation et reconnu l’opportunité d’examiner la question de la propriété de la cargaison. Le Front Polisario a remporté une victoire majeure – et la propriété de la cargaison – lorsque l’entreprise marocaine a annoncé qu’elle renonçait à contester la saisie conservatoire.

L’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental n’est pas seulement illégale, elle sape également les perspectives d’un processus politique constructif. La partie sahraouie n’a nulle intention de renoncer à ce processus, mais si le Maroc persiste dans cette voie, nous ferons en sorte que ses activités illégales soient aussi laborieuses et coûteuses que possible, tant pour les entreprises privées qu’étatiques. Nous lutterons pour nos droits par tous les moyens à notre disposition, des tribunaux nationaux au tribunal de l’opinion publique internationale.

Au cours des 40 dernières années, le Conseil de sécurité s’est révélé incapable ou réticent à amener le Maroc à la table de négociation. Nous, le peuple du Sahara occidental, espérons que cette fois-ci sera différente. Mais jusqu’à ce que nous en soyons sûrs, nous ne resterons pas inactifs pendant qu’une force d’occupation hostile piétine nos droits et pille nos ressources.

Emhamed Khadad, conseiller du président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), est le coordinateur sahraoui avec la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

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