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Etpersonne ne prendsoin des travailleurs de soins de santé

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NEW DELHI – Ceux qui pensaientque la pandémieallait faire comprendre à tout le monde le rôle crucial des travailleurs de soins de santé devraient y repenser. Avec le coronavirus qui continue rapidement de se répandre, les travailleurs de première lignesont plus essentiels – et courentaussi plus de risques – quejamais ;l’opinion, pourtant, regardeailleurs.

Et ce qui estpire encore, les employeurs, du secteurprivécomme du secteur public, dans des économies qui s’effondrent et une situation qui se détérioresur le marché du travail, rivalisent de cynisme à l’égard des travailleursessentiels. Loin de les inciter à mieuxconsidérerleursemployés, la montée du chômage due à la pandémieoffre aux employeursl’opportunité de les exploiter plus encore.

Le capitalisme a toujoursentretenu avec les métiers du soin des relations ambiguës. Si la production capitalistes’estappuyée sans comptersur le travail non rémunéréou sous-payéeffectué par les femmes, les migrants et les autresgroupessociauxdésavantagés, elle a aussi, au long de son histoire, éliminéce travail de seslivres de comptes, et

l’areléguéversl’économieinformelle et souterraine. Il en résulteque la plupart des tâchestrèsvariéesliées à la reproduction socialesont à peinereconnues, et encore moinsvaloriséesourémunérées. Il y a tant de travail de soin et d’accompagnement accompli gratuitement au sein des familles et des communautés par les femmes et les filles, qu’ilestconsidérécomme naturel et pour ainsi dire dû, non rémunéré, pour la simple raison qu’ilesteffectué en dehors du marché.

Le travail non rémunéré accompli par des femmes qui n’ont pas d’autrechoixestainsi à l’origine d’un cerclevicieux de dévalorisation. Lorsque les femmes entrentsur le marché du travail, leurssalairestendent à êtreinférieurs à ceux des hommes, non seulementparcequ’ellesacceptent de travailler en étantmoinspayées, maisaussiparcequ’unegrande part de leur travail est déjà prodiguéegratuitement. Par conséquent, les emploisoù les femmes sontmajoritaires – commec’est le casdans le secteur de la santé – serontmoinsbienpayés ; et même les hommes qui les occupentsouffrent de cette discrimination salariale.

Pour ce qui concerne les soins de santé, ilfauttenircompte en outre de la hiérarchie des postes, depuis les « professionnels » largementrémunéréscomme les médecinsspécialistes, en descendant vers les infirmières et les infirmiers, les aides soignantes et soignants et les agents sanitaires. Comme on pouvaits’yattendre, la proportion d’hommeset de femmes varie à mesurequ’on descend vers le bas de l’échelle, les femmes étantmajoritairesdans les emplois de statutinférieur et dans les postes les moinsrémunérés.

D’unefaçongénérale, 70 % des emplois des soins de santésontoccupés par des femmes, mais la probabilitéqu’ellessoientinfirmières, sages-femmes ou agents sanitaireshospitaliersestimportante, alorsque les hommessontsurreprésentésdans les fonctionsmieuxrémunérées – chirurgiens, médecins, dentistes et pharmaciens. Les agentssanitaireshospitalierssontpeut-être les plus exploitésparmitous les personnels de santé, notammentdans les pays en développement. Souvent, ils ne sont pas mêmereconnuscommeemployés, maisconsidéréscomme « volontaires » (c’est le cas en Inde). En tantquetels, ilsbénéficientrarement de contrats en bonne et due forme qui garantissent la sécurité de l’emploi et unerémunérationéquitable, sans parler des protections relatives, justement, à leur santé.

La pandémieactuelle fait courir encore plus de dangers aux travailleuses de santé, car ilest plus probable queleuractivitérequière un contact étroit avec les patients. Pendant la brèvepériode qui a suivil’apparition de l’épidémie, les agents sanitaireshospitaliers se sont vu reconnaîtreleur contribution essentielle à la société. Dans le monde entier, les dirigeantspolitiqueset la population les ontapplaudis, ontchantéleurslouangessurleurbalcon et déposé des bouquets de fleursdevant les hôpitaux.

Maistandisqu’ilsétaient partout saluéscomme des « héros », ilestapparuqueleur reconnaissance s’arrêteraitlà. Les acclamations ne se sont pas traduites par de meilleures conditions de travail ou des salaires plus élevés, et encore moins par des efforts systématiquesafind’améliorerleursécurité sanitaire durant la pandémie.

Ainsi aux États-Unis, le bref laps de temps durantlequelcertainessociétésontconsenti à de faibles augmentations de salaires pour leurstravailleursessentielsfutimmédiatementsuivi d’un retour aux normesantérieures : les rémunérationsontété revues à la baisse, et parfoismêmefixées à des niveauxinférieurs à ceuxd’avant la crise. De même, au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson a remercié les infirmières et infirmiersimmigrés – « Jenny de Nouvelle-Zélande », « Luis du Portugal », qui luiontsauvé la vie lors de son hospitalisation après qu’il a contracté le Covid-19. Maisiln’avait pas vu d’inconvénient à tenterd’augmenter les redevancesversées par les immigrés (ironiquementnommées « surcharge de santé », car destinées à financer le NHS, le service public de santé).

La situation dans les pays en développementest encore pire. Les pouvoirs publics doivent faire face à une chute des recettesfiscales et pratiquentl’austérité en pleineurgence sanitaire, tandisquesévit la récession, diminuant les dépenses de santé dès lorsqu’elles ne sont pas liées au Covid-19, exigeant des coupes salariales et une augmentation de la charge de travail pour les personnels de santé et renâclant aux dépenses qui permettraient de fournir des équipements de protection individuelle.

Le méprisdanslequelsonttenus les travailleursessentielsestsimanifesteque les médecins et les infirmières et infirmiersd’Indeontmenacé de donnerleurdémission, tandisque les travailleurs de santé de la Républiquedémocratique du Congo se sontmis en grève après avoirtravaillé pendant des mois sans êtrepayés. De même, les besoins des agents sanitaires, sous-payésetfragiles, ontétésystématiquementignorés.

Des décennies de négligences des pouvoirs publics et de financementsinsuffisants nous ont conduit dansunetelle impasse quemêmeuneurgence sanitaire mondiale et un effondrementéconomique ne suffisent pas à rendrepolitiquementousocialementinacceptables les outrages soufferts par les travailleursessentiels et mal payés. Si nossociétésveulent tout simplementsurvivre, quelque chose doit nous faire sortir de notretorpeur. Les travailleursessentielsdemandentqu’on les paieetqu’on les protègeréellement. Ilsn’ontnulbesoin d’être payés de mots. Nosapplaudissements ne suffisent plus à préserverleursécurité.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

Jayati Ghosh estprofesseured’économie à l’université Jawaharlal Nehru à New Delhi, secrétaireexécutived’International Development Economics Associates et membre de la Commission indépendante pour la réforme de l’impôt international sur les sociétés (ICRICT).

Par Jayati Ghosh

Copyright: Project Syndicate, 2020.
www.project-syndicate.org

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