Below the Header Ad
Commentary

La tempête est-elle finie pour les marchés ?

Above Article Ad

LAGUNA BEACH – Il y a quelques mois, les marchés financiers du monde entier ont été contraints de naviguer au travers d’une véritable tempête – une perturbation violente alimentée par la fusion inhabituelle de petites perturbations. La volatilité financière a augmenté, perturbant les investisseurs; les marchés des actions ont joué aux montagnes russes, pour ensuite se stabiliser à des niveaux sensiblement inférieurs; les rendements des obligations d’État ont chuté, et les prêteurs se sont retrouvés dans la position inhabituelle d’avoir à payer pour avoir le privilège de détenir une quantité encore plus importante de dette publique (près d’un tiers du total).

Plus ces perturbations persistaient, plus la menace augmentait pour l’économie mondiale déjà affectée par les faiblesses structurelles, les inégalités de revenu et de richesse, les poches d’endettement excessif, la faiblesse de la demande globale et l’insuffisance de la coordination politique. Or, bien qu’un calme relatif soit revenu sur les marchés financiers, les trois causes de la volatilité n’ont pas franchement disparu.

Tout d’abord, les signes grandissants de faiblesse économique en Chine et une série inhabituelle de faux pas politiques continuent de soulever des inquiétudes concernant la santé globale de l’économie mondiale. Étant donné que la Chine est la deuxième plus grande économie au monde, il n’a pas fallu longtemps pour que les responsables européens baissent leurs propres projections de croissance, ni pour que le Fonds monétaire international révise à la baisse ses prévisions de croissance mondiale.

Deuxièmement, il subsiste des doutes légitimes quant à l’efficacité des banques centrales, le seul groupe d’institutions chargées de l’élaboration de politiques qui se sont activement engagées pour soutenir durablement la croissance économique. Aux États-Unis, les doutes se concentrent sur la volonté de la Réserve fédérale de rester « non conventionnelle » ; ailleurs, cependant, les doutes quant à l’efficacité concernent davantage la capacité des banques centrales à formuler, communiquer et mettre en œuvre les décisions politiques. Par exemple, au lieu de considérer l’activisme des autorités monétaires comme un signe encourageant d’efficacité politique, les marchés se sont alarmés de la décision de la Banque du Japon de suivre la Banque centrale européenne en adoptant des taux directeurs encore plus profondément ancrés en territoire négatif .

Troisièmement, le système a perdu quelques ceintures de sécurité importantes, qui doivent encore être restaurées. Il y a moins de poches de « capital patient » intervenant pour acheter quand les investisseurs plus volatiles se précipitent vers la sortie. Sur le marché pétrolier, le cartel de l’OPEP, autrefois puissant, n’assure plus son rôle de producteur d’appoint à la baisse – c’est à dire, limitant la production afin de stopper l’effondrement désordonné des prix.

Chacun de ces trois facteurs pris isolément auraient attiré l’attention des traders et investisseurs du monde entier. Survenant simultanément, ils ont déstabilisé les marchés. La volatilité intra-jour a augmenté dans pratiquement tous les segments des marchés financiers mondiaux; des phénomènes de contagion défavorable par les prix sont devenus plus fréquents, avec des entités plus vulnérables contaminant les plus fortes; et les corrélations entre actifs de marché ont été rendues moins stables.

Tout cela est survenu dans le contexte d’une économie américaine qui continue d’être un puissant moteur de création d’emplois. Cependant, les marchés n’ont pas basé leur évaluation sur les derniers développements économiques aux États-Unis. Au lieu de cela, ils ont été contraints de juger de la viabilité des prix des actifs financiers qui, stimulés par la liquidité, s’étaient fortement découplés des fondamentaux économiques sous-jacents.

A la suite de cette volatilité, les marchés ont récemment retrouvé une assise plus stable. Pourtant, le défi fondamental à long terme reste de permettre aux marchés de réévaluer les actifs en fonction des fondamentaux de manière relativement ordonnée – et, surtout, sans causer de dommages économiques qui rendraient les marchés financiers encore plus instables.

En effet, plus les épisodes de volatilité financière seront fréquents dans les mois à venir, plus le risque sera élevé que cette situation conduise les consommateurs à devenir plus prudents dans leurs dépenses et les entreprises enclines à reporter encore davantage leurs investissements en nouvelles installations et nouveaux équipements. De plus, si cela devait persister et se propager, même les États-Unis – une économie relativement saine – pourraient devoir revoir à la baisse leurs prévisions de croissance économique et de bénéfices des entreprises.

Il est important de stabiliser de manière durable les marchés d’aujourd’hui, en particulier pour un système qui a déjà pris trop de risques financiers. Cela exigera un transfert de politique incité par un comportement plus responsable de la part des politiciens des deux côtés de l’Atlantique – comportement capable d’engager la transition bien nécessaire d’une dépendance trop forte aux banques centrales à une approche plus globale s’occupant du tiercé gagnant de l’économie : les obstacles structurels, de demande et de dette (dans le cadre d’une plus grande coordination politique mondiale).

Si ce transfert se produisait, son impact bénéfique en termes de stimulation d’une croissance inclusive et d’une véritable stabilité mondiale serait multiplié par le déploiement productif de l’argent amassé sur les bilans des entreprises, ainsi que par des innovations technologiques intéressantes qui étaient initialement spécifiques à une entreprise ou secteur spécifiques, mais qui commencent à présent à avoir des effets sur l’ensemble de l’économie. Si le transfert échoue, la volatilité financière que nous avons connue au début de cette année ne fera pas que revenir ; elle pourrait aussi se révéler n’avoir été que le prologue à un risque notable de récession, d’une plus grande inégalité et d’instabilité financière durable.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont  Mohamed A. El-Erian, Conseiller économique principal chez Allianz, est Président du Conseil pour le développement mondial du président américain Barack Obama et auteur du livre à paraitre The Only Game in Town: Central Banks, Instability, and Avoiding the Next Collapse.

Par Mohamed A. El-Erian

Related Articles

Back to top button