Below the Header Ad
Commentary

La Ville et les données

Above Article Ad

SAN JOSÉ (COSTA RICA) – Lorsque vous regardez votre téléphone ou votre tablette, que voyez-vous ? Des pixels ? des images ? des jeux électroniques ? Moi, j’y vois des données.


Chaque jour, nous générons d’énormes quantités d’informations, cailloux binaires du Petit Poucet, qui dessinent la carte de nos intérêts, de nos habitudes, de nos interactions. Pour ceux d’entre nous qui travaillent à l’aménagement urbain, ces ensembles disparates de données sont une mine d’opportunités. Si elles sont correctement exploitées, les données fournies par les utilisateurs peuvent aider les concepteurs à bâtir des villes qui répondront mieux aux besoins réels des gens.

Reste tout de même un problème : le monde croule littéralement sous les données. Pour que toute l’information que les gens fournissent involontairement prenne un sens, les urbanistes doivent en améliorer la captation, le traitement et le partage entre secteur public et secteur privé. Si nous y parvenons, certains des principaux obstacles auxquels le monde est confronté – de la pauvreté au changement climatique – deviendront un peu plus faciles à surmonter.

Le concept de « données ouvertes » libres d’accès (open data) est l’une des innovations les plus marquantes auxquelles sont confrontées les agences d’urbanisme dans le monde : ce sont des informations qui peuvent être utilisées par quiconque pour améliorer tous les aspects de la vie quotidienne. Dans un environnement d’open data, les ensembles de données provenant des transports, de l’éducation, de la santé, et de tant d’autres domaines de la vie locale peuvent être utilisés pour améliorer les services actuellement fournis, ou pour en créer de nouveaux. Ainsi en France, la base Adresse nationale réunit-elle des informations de localisation qui permettent une meilleure réaction des services d’urgence et une analyse cartographique plus pertinente, tandis qu’à l’échelle de l’Union européenne, le site Urban Data Platform facilite le partage de données entre les différents pays de l’UE.

Lorsque les pouvoirs publics, les universités, les centres de recherche et les plateformes d’innovation travaillent ensemble pour partager l’information, ils deviennent des partenaires à part entière dans le processus d’aménagement urbain. L’usage des données partagées favorise aussi la transparence et instaure la confiance dans les décisions prises par les élus et mises en œuvre par les politiques publiques.

Certes, de nombreux obstacles demeurent à surmonter avant que la puissance publique ne puisse ouvrir les vannes de ces flots de données. Il faut trouver les cadres légaux qui permettront de protéger la vie privée ; les protocoles de traitement doivent garantir que les décisions prises n’excluront pas des populations qui n’auraient pas accès à la technologie ; et les interfaces doivent être suffisamment fiables pour permettre que le partage entre les différents organismes de collecte et les municipalités ne puisse pas être manipulé.

Mais une fois ces difficultés levées, les possibilités d’une meilleure urbanisation seront pratiquement sans limites. Des trésors de détails numériques éclairent la façon dont les gens de déplacent et interagissent avec l’environnement bâti. Combinée avec des données issues de l’administration publique – par exemple l’information sur la qualité de l’air, l’état du trafic, les statistiques des délits ou de la santé, – l’information fournie par les usagers peut conduire à des villes plus durables. Ainsi, lorsqu’ils peuvent visualiser les habitudes de déplacement des citadins (où et quand), les urbanistes peuvent savoir où il est intéressant d’investir dans des moyens de locomotion propres – comme les systèmes de vélos partagés ou de voitures électriques rechargeables sur des bornes installées sur la voie publique.

Les relations entre les transports et les défis posés par le réchauffement climatique constituent l’un des domaines les plus féconds des essais de mise en place de solutions open data. Aujourd’hui, la moitié de la population mondiale environ vit dans des villes, responsables, approximativement, de 75 % des émissions globales de gaz carbonique, en grande partie imputables aux transports. Dans de nombreuses régions du monde, les stratégies de développement urbain ont créé, au XXe siècle, des villes très étendues, centrées sur la voiture ; mais l’augmentation des taux d’urbanisation a rendu ces méthodes insoutenables.

Face à de tels défis, les données ouvertes sont devenues un outil clé pour redéfinir le processus de développement urbain. C’est la raison pour laquelle mon gouvernement les mobilise afin de comprendre comment des secteurs comme celui des transports – mais aussi ceux de l’agriculture et de l’énergie pour ne citer qu’eux – affectent le changement climatique et par conséquent éclairent les stratégies qui permettront de le limiter. Le Système national de mesures du changement climatique, que mon gouvernement est en train de mettre en place, est conçu comme un outil dont les données sources sont ouvertes ; et il mettra à disposition sur un portail public unique les informations obtenues par les agences nationales.

Le but est d’améliorer les processus de prise de décision et de permettre au pays de suivre le mieux possible les progrès réalisés dans sa lutte contre le changement climatique. Plus tard, le système sera utilisé pour engager le Costa Rica dans des projets de développement durable, tandis que les codes sources seront partagés avec d’autres pays en développement.

Un monde où l’accès aux données sera réellement libre prendra du temps à construire. Les gens devront s’habituer à l’idée que l’information générée par les usagers puisse circuler librement. Mais les États ont déjà reconnu l’importance des données ouvertes dans le traitement des principaux problèmes que pose l’urbanisation. Le site Web que le Costa Rica dédie au changement climatique n’est qu’un exemple de la façon dont une meilleure information permettra de contrôler le développement urbain.

Alors, la prochaine fois que vous sortirez de votre poche ou de votre sac votre smartphone, prenez un moment pour penser à toute la puissance que vous détenez entre vos mains. Car vous avez littéralement en main les clés d’un avenir soutenable pour tous.

Traduction François Boisivon

Ana Lucía Moya est coordinatrice pour les transports et la mobilité durables au Centro para la Sostenibilidad Urbana du Costa Rica.

Par Ana Lucía Moya

Related Articles

Back to top button