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Commentary

Les Républicains condamnés à suivre Trump jusqu’au bout

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CAMBRIDGE – Lors d’une semaine ordinaire de fin mai, Donald J. Trump, le candidat probable du parti républicain à l’élection présidentielle américaine, a une fois de plus fait la une. Il a déclaré qu’un ancien président, populaire par ailleurs, était un « violeur », a changé de position sur une politique après l’autre, s’est vanté du fait que son colistier pouvait être « n’importe qui » qui le soutenait et a déclaré devant la National Rifle Association que Hillary Clinton, la candidate probable du parti démocrate, « libérerait de prison des criminels violents ».

Peut-être plus inquiétant dans une perspective mondiale, quelques heures seulement après qu’un avion d’Egypt Air se soit abîmé en Méditerranée, Trump a commencé à faire part de ses conclusions sur l’accident et à dénoncer la « faiblesse » des États-Unis face au terrorisme.

Carl Bildt, Richard N. Haass, Stephen S. Roach, and other Project Syndicate commentators take stock of how populist rebellion throughout the West is jeopardizing the international order and further undermining the global economy.

Pratiquement toutes les tentatives pour empêcher sa candidature présidentielle ont pris fin, et les Républicains traditionnels se résignent de plus en plus à la mainmise d’une brute grossière, narcissique, peu préparée et imprévisible sur leur parti. « Il vaut mieux chevaucher la bête que d’essayer de l’ignorer » selon les termes d’un ancien assistant républicain au Sénat.

L’ignorer a pourtant été le choix du plus grand nombre. A peine avait-il annoncé l’été dernier qu’il briguerait l’investiture du parti républicain que des experts et politologues se sont empressés de trouver des raisons pour se moquer de sa candidature.

J’étais personnellement moins certaine qu’il était quantité négligeable pour avoir évalué l’émergence et les perspectives de Trump à la lumière de mes recherches en cours sur la droite politique américaine. En 2010 et 2011, Vanessa Williamson et moi-même avions étudié les forces populaires et celles des élites qui avaient permis la création du Tea Party et contribué au glissement du parti républicain vers une droite plus extrême.

Plus récemment, avec Alexander Hertel-Fernandez et d’autres chercheurs, nous avons tenté de déchiffrer les évolutions au sein du milieu conservateur américain traditionnel. Ces changements comprennent l’influence croissante de Charles et David Koch, des frères milliardaires dont le réseau de groupes de réflexion et d’organismes de lobbying a permis la progression d’un programme économique ultralibéral parmi les candidats républicains et les représentants élus aux niveaux national et des États. Tiraillé dans plusieurs directions par des donateurs ploutocrates et des populistes nativistes hargneux, le parti républicain était mûr pour une prise de contrôle hostile par Trump ou d’autres politiciens du même acabit.

La popularité de Trump remonte aux premiers jours de la présidence de Barack Obama, au moment où les populistes du Tea Party occupaient le devant de la scène, lorsqu’il s’est fait le champion des efforts visant à saper la légitimité du premier président afro-américain des États-Unis. Un sondage d’opinion réalisé en avril 2011 a montré que Trump l’emporterait sur tous les candidats républicains lors de l’élection présidentielle de 2012, avec l’appui marqué des Républicains convaincus, comme Trump ne cessait de le répéter, qu’Obama n’était pas né aux États-Unis, comme l’exige la constitution américaine.

Trump ne s’est finalement pas présenté en 2012, mais les militants du Tea Party lui ont préparé le terrain en mettant l’accent sur l’immigration clandestine et en multipliant les calomnies visant Obama. Au cours des primaires de cette année-là, la moitié au moins des électeurs républicains tenta de trouver une alternative à Mitt Romney, qui fut en fin de compte investi par le parti, mais ils ne parvinrent pas à se regrouper autour d’un prétendant sérieux.

L’incapacité des dirigeants du parti républicain à barrer la route à Obama et à ses initiatives a intensifié le ressentiment des électeurs républicains populistes envers leur propre parti. Dès le début du processus électoral de 2016, il est apparu clairement qu’une majorité d’électeurs républicains pencherait pour un outsider capable de les unifier.

Pour tenter de tirer parti de cette rébellion des électeurs, le sénateur du Texas Ted Cruz s’est constamment opposé aux membres républicains du Congrès. Mais tant Cruz que les autres candidats républicains ont été pris de court par Trump qui sait parfaitement utiliser les médias à son avantage. Dès l’été 2015, il a adopté une rhétorique faisant appel au nativisme, à l’islamophobie et à la colère envers l’élite du parti républicain. Il a bénéficié gratuitement d’une couverture médiatique d’une valeur de 2 milliards de dollars qui lui a permis de prendre la tête des sondages et de l’emporter dans la plupart des primaires.

On imagine à tort que la base électorale de Trump est constituée d’ouvriers précarisés. En fait, la moyenne annuelle des revenus de ses électeurs, 72.000 dollars, est bien supérieure à la moyenne américaine, qui est de 56.000 dollars. Ses partisans ressemblent à ceux du Tea Party : en grande majorité des Américains de race blanche, relativement âgés, de sexe masculin et de la classe moyenne. Ils manifestent leurs inquiétudes concernant l’économie – comme la plupart des Républicains – mais ce qui les distingue est la défiance envers la légitimité d’Obama, leur rejet de l’immigration et leur ressentiment envers le déclin supposé des États-Unis.

Les partisans de Trump sont plus susceptibles que d’autres Républicains d’adhérer à des préjugés sur les Noirs et les Hispaniques. Et il est fort probable, comme nos recherches l’ont montré en 2011 pour les membres du Tea Party, qu’ils soient favorables à l’idée que les prestations sociales ne devraient être accordées qu’à de « vrais Américains », tel qu’ils se considèrent, et opposés aux dépenses publiques en faveur des minorités et des citoyens à faibles revenus.

Le programme de Trump ressemble ainsi à ceux de plusieurs partis populistes européens : un mélange de mesures strictes contre l’immigration, le patriotisme économique et l’octroi de prestations sociales aux seuls natifs du pays. Mais aucun des grands partis politiques américains n’a jamais proposé un tel programme et même aujourd’hui les représentants et principaux donateurs républicains, après avoir poussé leur parti vers une droite ultralibérale pendant la présidence Obama, s’y opposent. Au Congrès et dans plusieurs États, les Républicains adhèrent pourtant à des positions extrêmes généralement impopulaires – réductions d’impôts pour les riches, vider de leur substance les réglementations sur les entreprises, baisse des dépenses publiques sociales et restrictions des activités syndicales.

Il est toutefois possible que l’extrémisme libéral du parti républicain se soit retourné contre lui. Lorsque pratiquement tous les candidats républicains à l’élection 2016 se sont ralliés à ce programme, Trump a exploité la voie du nativisme et du protectionnisme économique sous le slogan « L’Amérique d’abord ». Lorsqu’il dénigre les immigrants hispaniques, les femmes indépendantes et les minorités « arrogantes », sa base électorale entend la promesse de « restaurer la grandeur de l’Amérique » en réaffirmant l’hégémonie masculine blanche.

Rien de tout ceci n’est surprenant. Depuis des années, l’élite républicaine joue avec le feu en encourageant le nativisme et les peurs raciales des Américains pour mobiliser les électeurs blancs plus âgés. Et avec le flot continu d’insinuations raciales déversé par les médias conservateurs américains, le discours du parti républicain était totalement corrompu bien avant l’arrivée du candidat Trump, lui-même ancien participant à un show de télé-réalité, sur le devant de la scène.

Trump peut-il réellement gagner ? Les représentants républicains, soucieux de ne pas aller à l’encontre de l’humeur des électeurs, commencent peu à peu à le soutenir. Si certains riches donateurs redirigent leur argent vers des candidats au Congrès et aux assemblées législatives des États, plusieurs ont pris le train en marche et d’autres ne tarderont pas à suivre, dans la mesure où Trump semble capable de battre Clinton.

Dans tout système à deux partis aussi polarisé et avec un rapport de forces aussi égal que le système électoral américain actuel, une seule crise, comme un attentat terroriste, pourrait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Les politiciens, les donateurs et les dirigeants républicains des groupes de lobbying cherchent tous aujourd’hui à se convaincre que Trump, s’il était élu à la Maison Blanche, pourrait être géré de manière à mettre en œuvre le programme républicain. Une nomination cruciale à la Cour suprême est en jeu et le président de la Chambre des représentants Paul Ryan a préparé un budget du gouvernement revu à la baisse pour signature par un président républicain.

Si Ryan n’a pas encore soutenu officiellement la course à l’investiture de Trump, les pressions dans ce sens vont croissant. Les Républicains devront chevaucher la bête qu’ils ont créée – et espérer qu’elle ne les anéantira pas.

Par Theda Skocpol

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