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Commentary

Mieux utiliser le génie médical pour soigner les réfugiés

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BOSTON – La résurgence de la xénophobie et du nativisme dans de nombreux pays crée un environnement toxique pour tous ceux qui fuient les crises géopolitiques. Mais parmi les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés en attente d’une réinstallation, l’accès à des soins de santé – mentale et physique – de qualité se place en haut de la liste.


La situation réclame non seulement l’attention des médecins, des infirmiers ou des organisations non gouvernementales, mais aussi des ingénieurs, dont les contributions à la santé publique sont décisives, et déterminantes pour ce qui concerne les réfugiés.

Car s’ils savent construire des ponts ou créer des gadgets, les ingénieurs contribuent aussi à l’accessibilité et à l’amélioration des soins de santé en mettant au point des méthodes plus rapides de diagnostic et de prestation des services médicaux. Au sein de mon propre domaine de recherche, des scientifiques et des ingénieurs ont d’ores et déjà inventé des appareils qui permettent aux nouveau-nés de respirer plus facilement, qui détectent le paludisme et le VIH dans les zones de conflit, ou encore préservent les zones rurales des médicaments frelatés.

Le génie médical n’est pourtant pas assez présent dans les lieux qui accueillent les réfugiés, dont la population a augmenté ces dernières années, puisque de plus en plus de gens ont dû fuir les conflits ou les catastrophes naturelles. Les Nations unies estiment à plus de 65 millions le nombre de personnes déracinées à travers le monde et selon les mêmes sources, le nombre de réfugiés vivant dans des campements officiels ou informels est plus élevé que jamais.

Si les gouvernements et les ONG font des efforts pour fournir aux réfugiés les soins de santé de base, ils ont des difficultés à prodiguer des soins fiables. Les ingénieurs ont à la fois l’occasion et la responsabilité de réduire cette fracture du système actuel.

Pour relever ce défi, il faudra porter plus d’attention à trois domaines essentiels. Le premier, ce sont les salles de cours, où nous devons continuer à alerter les consciences – notamment dans le champ du génie biomédical – sur les difficultés qu’ont les réfugiés à se soigner. En outre, les universités, les étudiants, les chercheurs et les praticiens qui se montrent intéressés par la mise au point de solutions appropriées aux problèmes de santé à travers le monde doivent avoir l’opportunité de s’y consacrer.

Trop peu de cursus s’attachent pour le moment aux apports du génie biomédical dans les situations de crise. Il existe néanmoins, et fort heureusement, des modèles à suivre. À la London School of Hygiene and Tropical Medicine, par exemple, un cours en ligne gratuit, intitulé « Health in Humanitarian Crisis », peut sensibiliser à ces questions les étudiants des cursus d’ingénieurs à travers le monde. À l’université américaine de Beyrouth, les élèves des cours d’été ont récemment mis en place des stratégies interdisciplinaires ouvertes aux sciences de l’ingénieur pour aider les personnes déplacées. Au sein de mon institution, l’université de Boston, nous cherchons les moyens d’améliorer la qualité et la pratique de la médecine dans le monde en développement. En 2012, mes collègues et moi-même avons créé PharmaChk, un système portable que peuvent utiliser les médecins dans des zones reculées pour détecter les médicaments frelatés ou inactifs.

En second lieu, les gouvernements et les ONG qui travaillent avec les réfugiés peuvent faire plus pour inclure à leurs efforts des professionnels du génie médical. Des organismes publics et privés, comme la fondation Bill & Melinda Gates, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ou encore les programmes de financement de Grands Défis Canada, travaillent avec des ingénieurs pour trouver aux problèmes de la santé mondiale des solutions médicales rigoureuses, éthiquement justes et capables d’être déployées à grande échelle ; il doit en être de même pour ce qui touche aux personnes déplacées.

Troisièmement – et c’est peut-être le point le plus important –, les ingénieurs eux-mêmes doivent intensifier leur engagement auprès des personnes et des groupes qui sont en première ligne dans la crise des réfugiés. Cela signifie travailler avec les acteurs locaux – hôpitaux, cliniques, ministères et prestataires de soins de santé –, qui peuvent être les vecteurs essentiels de l’expertise en matière de génie biomédical. Les formations transdisciplinaires sont importantes, non seulement pour éveiller les consciences, mais aussi pour améliorer la pérennité et la mise en œuvre à grande échelle des innovations.

Une poignée de start-up de génie biologique et de groupes d’entraide, comme Engineers Without Borders [Ingénieurs sans frontières], ont commencé à s’attaquer aux problèmes de santé dans les communautés de réfugiés. Ces efforts se sont généralement concentrés sur des méthodes permettant d’améliorer l’assainissement de l’eau ou la distribution d’énergie. D’autre initiatives, comme la téléconsultation, grâce à laquelle un médecin peut délivrer un avis clinique en se servant du téléphone portable offrent désormais à de nombreuses communautés une bouée de sauvetage.

Au-delà de ces exemples, les efforts pour mettre à portée des communautés de réfugiés des solutions de santé s’appuyant sur l’ingénierie ont rapidement butté sur leurs limites. Pour appliquer le génie biomédical aux problèmes posés par la santé des populations réfugiées, étudiants, experts et praticiens doivent se familiariser avec les conditions de vie dans les lieux où elles sont installées et approfondir leur compréhension des traumatismes profonds qui les affectent. Les camps de réfugiés ont besoin de solutions solides quant aux points de prestations de soins, qui soient non seulement efficaces mais aussi culturellement cohérentes et socialement responsables.

Au cours de l’histoire, les ingénieurs ont contribué à résoudre les problèmes des sociétés. Aujourd’hui, pour alléger les souffrances des personnes déracinées, nous avons besoin d’imagination. La communauté internationale s’est montrée incapable, jusqu’à présent, de mettre un terme aux crises qui poussent tant de gens en quête de sécurité hors de leur foyer. Les ingénieurs biomédicaux peuvent au moins garantir qu’ils recevront les soins dont ils ont besoin. Traduction François Boisivon Muhammad Zaman est professeur de génie biomédical à l’université de Boston.

Par Muhammad Hamid Zaman

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