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Commentary

Redynamiser l’économie indienne

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NEW YORK – Il n’y pas si longtemps, l’Inde était encore un modèle de stabilité politique et de croissance économique parmi les économies émergentes. Certes encore loin d’avoir éradiqué la pauvreté et les inégalités extrêmes, le pays enregistrait des performances parmi les plus solides et les plus constantes de la planète en termes de croissance du PIB. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.


Au deuxième trimestre 2017, le taux de croissance de l’Inde est tombé à 5,7 %. Il se situe désormais au niveau de celui du Pakistan – derrière la Chine, la Malaisie et les Philippines – sur la liste des économies majeures pour lesquelles The Economist fournit des données économiques de base. Le Bengladesh voisin, qui ne figure pas dans cette liste, enregistre aujourd’hui une croissance de plus de 7 % par an (son revenu par habitant dépassant désormais celui du Pakistan).

Compte tenu de l’envergure de l’économie indienne, et de ses nombreuses ramifications à travers le monde, le ralentissement de sa croissance est une source de préoccupation sérieuse non seulement au niveau national, mais également à l’échelle planétaire. L’Inde peut néanmoins encore inverser cette tendance, à condition que soient mises en œuvre des politiques soigneusement élaborées, répondant à des problématiques à la fois de court et long terme.

À court terme, il est nécessaire que les dirigeants politiques remédient à la baisse de la demande en produits indiens, à la fois parmi les consommateurs du pays et sur les marchés d’exportation. Tous les signaux indiquent une diminution des dépenses des consommateurs et des entreprises en Inde. En effet, l’indice de production industrielle du pays a augmenté de seulement 1,2 % au mois de juillet, contre 4,5 % l’année précédente. La production de biens de consommation durables a par ailleurs chuté de 1,3 %, alors qu’elle avait augmenté de 0,2 % l’an passé.

Dans le même temps, la croissance annuelle des exportation est retombée ces dernières années à 3 % seulement, contre 17,8 % en 2003-2008, période de croissance rapide en Inde. Ceci s’explique en partie par une roupie plus forte, qui a élevé le prix des produits indiens sur les marchés étrangers. De fait, les importations ont elles aussi nettement augmenté, l’appréciation de la roupie abaissant le prix relatif des produits étrangers : au premier semestre de cette année, les importations nominales de marchandises ont augmenté de 28 %.

Il est possible qu’un autre aspect favorise cette hausse significative des importations : une surfacturation destinée à transférer de l’argent vers l’étranger. Ceci pourrait indiquer que les acteurs commerciaux majeurs anticipent une correction du taux de change de la roupie, prévoyant par la suite de vendre leurs dollars actuellement accumulés contre un montant plus élevé de roupies.

Cette hypothèse doit susciter une prise de conscience parmi les autorités indiennes, et les inciter à prendre des mesures. Pour dynamiser la demande domestique à court terme, l’Inde a besoin de politiques interventionnistes d’inspiration keynésienne. Pour atténuer l’appréciation de la roupie, et ainsi booster la demande extérieure, il est nécessaire que la Banque de réserve de l’Inde (RBI) – l’une des institutions indiennes les plus respectées, composée de professionnels qualifiés – se voit conférer davantage d’espace et d’autonomie dans l’élaboration des politiques.

Il serait d’après moi judicieux que la RBI abaisse davantage ses taux d’intérêt, en alignant ainsi plus étroitement la politique monétaire de l’Inde à celle des autres grandes économies mondiales. Bien que l’actuelle tendance à taux d’intérêt très faibles ne soit pas idéale d’un point de vue mondial, le fait est qu’aussi longtemps que l’Inde demeurera en marge, elle encouragera cette fameuse spéculation qui élève artificiellement la valeur de la roupie.

Le plus grand défi consistera pour l’Inde à alimenter et soutenir une croissance rapide sur le long terme. Pour déterminer comment y parvenir, il peut être intéressant de songer aux efforts fournis par une autre grande économie émergente : la Chine.

Dans le cadre de sa politique industrielle, le gouvernement chinois a identifié plusieurs secteurs économiques spécifiques à dynamiser. L’Inde pourrait adopter une approche similaire, la santé et l’éducation étant pour elle deux secteurs particulièrement prometteurs.

Malgré son succès, le secteur du tourisme médical en Inde présente encore un immense potentiel inexploité – notamment en raison d’une hausse du coût des soins de santé à travers le monde. Les revenus issus de cette forme de tourisme pourraient aider le pays à consolider son propre système de santé, et permettre à tous les Indiens – y compris les plus pauvres, et notamment les enfants, chez lesquels la malnutrition demeure omniprésente – d’accéder à des soins de santé de qualité.

L’Inde peut également devenir une plateforme majeure d’enseignement supérieur. Pour le gouvernement, l’impératif consiste à instaurer un espace plus réglementaire, et à appliquer une philosophie de simplification pour le secteur privé. Un boom de l’enseignement produirait des rendements considérables pour l’économie indienne dans son ensemble.

La dernière pièce du puzzle de croissance à long terme en Inde réside plus généralement dans l’investissement. L’expérience des pays est-asiatiques, sans même évoquer la théorie économique, démontre que l’investissement de capitaux compte parmi les plus efficaces moteurs d’une croissance économique soutenue. En Inde précisément, la forte hausse de croissance observée à partir de 2003 s’est produite en même temps qu’un accroissement de l’investissement global.

Or, le ratio investissement/PIB de l’Inde est aujourd’hui en déclin, étant passé de 35 % ces huit dernières années à moins de 30 % actuellement. Ceci peut en partie s’expliquer par un accroissement de l’aversion au risque parmi les banques, qui redoutent les actifs non performants. Une baisse de confiance des entreprises peut également y contribuer.

Si l’Inde met en œuvre des politiques de dynamisation de la croissance à court terme, tout en posant les bases d’une performance à long terme, la confiance devrait naturellement faire son retour. Dès lors que l’investissement reprendra, l’Inde sera en capacité de retrouver sa croissance rapide d’hier – et de la conserver pour les prochaines années. Une issue qui bénéficierait non seulement à l’Inde, mais également à l’ensemble de l’économie mondiale. Traduit de l’anglais par Martin Morel

Kaushik Basu, ancien économiste en chef au sein de la Banque mondiale, est professeur d’économie à la Cornell University.

Par Kaushik Basu

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