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Commentary

Comment reconstruire Porto Rico

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WASHINGTON, DC – Les pressions s’accentuent sur le président Donald Trump et le Congrès américain pour qu’ils intensifient l’assistance apportée à Porto Rico. La dévastation causée par le passage de l’ouragan Maria la semaine dernière a exacerbé les problèmes à long terme liés à l’entretien différé des infrastructures essentielles de l’île. Porto Rico a besoin de plus qu’une aide à court terme (même si celle-ci est urgente) ; ce territoire américain a besoin d’un soutien bipartisan pour se reconstruire, en mettant l’accent dans un premier temps sur un approvisionnement électrique plus résistant et meilleur marché.


Le réseau électrique actuel a été à peu près entièrement anéanti par l’ouragan et l’Agence américaine des situations d’urgence (FEMA) estime que les lignes et les centrales électriques ont été détruites à 90 pour cent. Un important barrage a cédé. Les vols à l’arrivée et au départ de l’île ont été fortement limités par les dégâts causés à l’infrastructure du contrôle aérien. Comme l’a déclaré le gouverneur Ricardo Rosello, l’île risque à présent de subir une catastrophe humanitaire majeure. Les dons commencent à arriver, mais ils seront largement insuffisants par rapport aux besoins.

L’administration Trump affirme que la FEMA fait du bon travail. Espérons qu’elle a raison. La question se pose toutefois de savoir si les 3,4 millions de Portoricains, qui ont la nationalité américaine, bénéficieront du même niveau d’aide que les habitants du Texas et de la Floride (ou des 50 États fédéraux) victimes d’une catastrophe naturelle. Mais la question la plus importante est celle-ci : que faire pour aider Porto Rico à se reconstruire réellement et qui s’en chargera ?

Porto Rico, un État libre associé aux États-Unis, a besoin d’investissements majeurs dans ses infrastructures essentielles pour qu’elles correspondent au moins à celles des 50 États fédéraux. Après avoir stabilisé la situation humanitaire, les législateurs devront s’attacher à mettre en place un approvisionnement électrique stable, fiable et rentable, distribué par un réseau intelligent et résistant. Assurer l’accès à l’énergie est indispensable à la stabilité et à une croissance économique durable.

Réparer les infrastructures vieillissantes actuelles ne suffira pas. Un approvisionnement électrique meilleur marché et plus robuste profite à tous – du vendeur de rue aux entreprises pharmaceutiques les plus sophistiquées. Et la technologie nécessaire permettant de construire un tel réseau est disponible aux États-Unis.

Ironiquement, la compagnie nationale d’électricité, en faillite, la Puerto Rico Electric Power Authority (PREPA), a surtout réussi à favoriser ses concurrents. Le prix de l’électricité est plus élevé dans le territoire que partout ailleurs aux États-Unis (à l’exception de Hawaï) et les coupures de courant sont fréquentes. Un nombre toujours croissant de consommateurs ont en conséquence renoncé aux service de PREPA pour se tourner vers des générateurs personnels alimentés au diesel.

Noel Zamot, coordinateur de la revitalisation économique auprès du Conseil de gestion et de surveillance financière de Porto Rico, a suggéré qu’un réseau électrique intelligent et résistant devrait être conçu à partir de zéro, reposant sur une production décentralisée pour atténuer les effets d’une catastrophe naturelle future ou d’éventuels attentats. Des installations de petite capacité, reliées par un système sophistiqué de contrôle et de suivi, permettraient de redémarrer immédiatement la production d’électricité en cas de pannes.

De plus, 50 pour cent au moins de l’électricité peut être fournie par les énergies renouvelables (solaire, éolienne, marémotrice et autres), en utilisant les technologies de stockage avancées, dont certaines sont en cours de développement. La plus grande partie des lignes de transport d’énergie sur de longues distances serait protégée ou enterrée et une stratégie d’information reposant sur des capteurs adéquatement positionnés permettrait de détecter les pertes, où qu’elles se produisent.

La construction d’un tel réseau stabiliserait également le prix de l’électricité pour les entreprises, réduisant en outre la principale dépense de la plupart des petites et moyennes entreprises. Et elle créerait les conditions de scénarios futurs réellement novateurs. Imaginons que Porto Rico devienne la capitale mondiale des véhicules électriques, avec des stations de recharge bien réparties, des émissions polluantes proches de zéro et le partage de véhicules dans le secteur du tourisme. Porto Rico pourrait même devenir un exportateur d’énergie, fournissant sa surcapacité aux Îles vierges britanniques et américaines voisines.

Cet objectif est réalisable avec les technologies existantes (à l’exception du stockage à grande échelle de l’énergie renouvelable). Les principaux enjeux sont d’ordre stratégique, organisationnel et réglementaire. Sous réserve d’un soutien du gouvernement et d’une entente sur les structures de gouvernance adéquates et les procédures d’une réglementation efficace, cette vision pourrait être concrétisée en une décennie. Et la construction d’un tel réseau créerait également de nombreux emplois de qualité.

Le rôle du gouvernement fédéral doit être de faire de Porto Rico une plaque tournante des investissements dans un réseau d’énergies propres et renouvelables, capable de résister aux chocs climatiques. Les nouvelles technologies générées par ces investissements pourraient ensuite être commercialisées et vendues à un monde qui lutte pour s’adapter au changement climatique et aux événements météorologiques extrêmes.

L’administration Trump aura sans doute des difficultés à faire adopter un tel ensemble d’investissements dans la durée par le Congrès avec le seul soutien des républicains, en raison de diverses objections idéologiques. Mais la situation actuelle de Porto Rico donne une occasion idéale à Trump de tendre la main aux démocrates et de prouver que les deux partis peuvent coopérer pour reconstruire et moderniser des infrastructures nationales indispensables.

Simon Johnson est professeur à l’école de management Sloan du MIT et co-auteur de White House Burning: The Founding Fathers, Our National Debt, and Why It Matters to You (La Maison Blanche en feu, les Pères fondateurs, la dette nationale et pourquoi vous êtres concernés – ndlt).

Par Simon Johnson

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